13 octobre 2026
Omeggid : Comment la Société Guna Reconnaît Celles Qui Vivent en Femmes
Omeggid, que les anthropologues traduisent par « ressemble à une femme », est le mot guna désignant les personnes identifiées comme garçons à la naissance qui grandissent et vivent en femmes. Les études de terrain à Guna Yala les décrivent restant dans leur famille d’origine plutôt que de se marier, avec une identité féminine reconnue par la communauté. Certains Guna entendent toutefois « omeggid » comme une insulte et préfèrent « wigudun ».
La presse de voyage étrangère en a souvent fait un titre sur un « troisième genre » dans un paradis insulaire tolérant. Les sources qui connaissent le mieux le sujet racontent une histoire plus nuancée, où reconnaissance réelle et stigmatisation réelle coexistent. Cette page s’en tient à ce que disent ces sources.
Ce que signifie le mot
La source publiée la plus détaillée est une ethnographie de l’anthropologue Diego Madi Dias, parue en 2018 dans la revue Sexualidad, Salud y Sociedad (SciELO). Elle repose sur vingt-deux mois de terrain chez les Guna, en majeure partie dans la communauté de Mammidub. Là-bas, omeggid est une catégorie locale qui signifie « ressemble à une femme ». La presse panaméenne en espagnol l’écrit souvent omeguid et le traduit par « como mujer », comme une femme.
Le mot décrit une position sociale, pas médicale. L’article étudie comment les omeggid utilisent les termes de parenté, en appelant les autres frère ou sœur, pour revendiquer une place féminine dans la vie familiale.
Comment on le reconnaît dans l’enfance
Selon Madi Dias, à Mammidub, ce sont les femmes qui le remarquent. Elles le reconnaissent à l’intérêt manifeste d’un enfant pour la culture visuelle et matérielle associée aux femmes, en particulier l’art textile, la mola, et la confection des wini, les bracelets de perles que portent les femmes. Il ajoute une nuance importante : cette reconnaissance n’est pas un verdict définitif sur qui est l’enfant.
Ce lien avec les molas n’a rien d’un hasard. La mola est la marque la plus claire de la féminité guna, intégrée aux blouses que les femmes portent au quotidien, comme nous l’expliquons dans les molas expliquées. Un garçon attiré par le découpage et la couture du tissu est un garçon attiré par le travail des femmes qui l’entourent.
Où vivent les omeggid et ce qu’elles font
La société guna est uxorilocale : quand un couple se marie, le mari s’installe dans le foyer de la famille de l’épouse. Madi Dias décrit les omeggid comme sortant de ce schéma. Elles ne se marient pas et restent rattachées à leur famille d’origine à l’âge adulte. Beaucoup se construisent un espace à elles, d’une chambre séparée à une maison sur une autre partie du terrain familial, et leur autonomie tend à grandir avec l’âge.
L’article décrit les omeggid participant aux travaux domestiques et accorde un poids particulier à l’accueil et au partage de la nourriture, qu’il présente comme central dans la façon dont on les perçoit. Les relations avec des hommes existent, mais en dehors de l’institution du mariage.
Comment la société guna les considère
Il n’y a pas de réponse unique, et quiconque en propose une simplifie.
Dans les communautés étudiées par Madi Dias, l’identité féminine des omeggid est tenue pour authentique par leur foyer et par la communauté. Cela ne signifie pas une approbation uniforme : il note que certaines omeggid sont félicitées par les mères des jeunes hommes pour leur apprendre la bonne conduite, tandis que d’autres sont vues comme de mauvaises fréquentations, accusées de pousser un jeune homme à mal se comporter. La peur d’être abandonnée traverse aussi les témoignages qu’il a recueillis.
Les militantes guna y ajoutent une dimension plus dure. Dans un entretien accordé en 2026 à La Estrella de Panamá, la militante Nandín Solís raconte avoir été moquée enfant, y compris à l’école (La Estrella de Panamá). Elle relate s’être présentée comme omeguid devant le Congrès général guna et avoir provoqué un scandale, puis qu’une femme âgée lui a dit de ne pas employer ce mot, utilisé pour insulter ; elle était une wigudun, lui a dit cette femme. Solís estime aussi que certains dirigeants guna ont adopté des attitudes discriminatoires et machistes venues de l’extérieur, et qu’on peut demander à une femme trans en visite à Guna Yala de se couper les cheveux ou de ne pas se maquiller. Ce sont son récit et ses opinions, qui s’ajoutent à l’ethnographie sans l’annuler.
Le résumé honnête est le suivant : les Guna ont depuis longtemps des mots et une place pour ces femmes, les familles les protègent souvent, et elles font pourtant face à la stigmatisation, à l’intérieur de la comarca comme dans la société panaméenne en général.
Wigudun : la figure derrière le nom
Dans la tradition guna, telle que la rapporte Madi Dias, la vie sociale harmonieuse a commencé avec l’arrivée des héros culturels, parmi lesquels Ibeorgun et son frère cadet Wigudun. Aujourd’hui, les militantes omeggid invoquent Wigudun comme figure ancestrale, et Solís décrit une wigudun comme une âme à deux esprits qui circule entre les genres.
Le nom est devenu public. L’Asociación Wigudun Galu, que Solís a contribué à fonder en 2013, rassemble des femmes omeggid du peuple guna. En 2022, le documentaire Wigudun, alma de dos espíritus, qui suit quatre de ses membres en tant que mères, compagnes, professionnelles et dirigeantes, est sorti dans les cinémas du Panama ; La Estrella de Panamá a indiqué qu’il montre la discrimination et la stigmatisation qu’elles subissent (La Estrella de Panamá). La présidente de l’association a raconté au journal que, selon la légende, Wigudun a appris aux femmes à faire des molas.
Quels mots employer en tant que visiteur
| Terme | Ce qu’il signifie | En tant que visiteur |
|---|---|---|
| Omeggid (omeguid) | « Ressemble à une femme » ; le terme habituel en anthropologie | Utile pour comprendre ; certains Guna l’entendent comme une insulte, donc ne l’utilisez pour étiqueter personne |
| Wigudun | Le nom du héros culturel ; préféré par certaines femmes trans guna | À employer seulement si la personne l’utilise pour elle-même |
| Femme trans (mujer trans) | Employé par les militantes guna et la presse panaméenne | Correct, si c’est ainsi qu’elle se décrit |
| « Troisième genre » | Une étiquette de la presse de voyage étrangère | Pas un terme guna ; mieux vaut l’éviter |
L’étiquette pratique est la même que pour toute personne rencontrée sur une île communautaire guna, avec quelques points à souligner :
- Employez le prénom et les pronoms qu’utilise la personne. Dans la plupart des cas, cela veut simplement dire « elle ».
- Ne mettez personne en avant. Pas de questions sur le corps, pas de doigt pointé, ne traitez personne comme une curiosité.
- Demandez avant de photographier, comme vous le feriez avec n’importe qui, et acceptez un refus.
- Achetez les molas à celle qui les a faites. L’argent va directement à celle qui l’a cousue, quelle qu’elle soit.
Si vous êtes curieux, interrogez votre guide sur les traditions guna en général plutôt que sur une personne en particulier. Les mots guna portent leur propre histoire, comme le montre notre article sur ce que signifie Guna Yala, et ce sont celles et ceux qui les emploient qui décident de leur sens.
Questions fréquentes
Que signifie omeggid ?
C’est un mot guna que les anthropologues traduisent par « ressemble à une femme » et la presse panaméenne par « comme une femme ». Il désigne les personnes identifiées comme garçons à la naissance qui grandissent et vivent en femmes au sein de la société guna.
Les Guna ont-ils un troisième genre ?
« Troisième genre » est une étiquette de la presse de voyage étrangère, pas un terme guna. Ce que décrivent les sources, c’est une position sociale féminine reconnue, appelée omeggid, pour des personnes identifiées comme garçons à la naissance, ainsi que la figure de Wigudun, que les militantes décrivent comme une âme à deux esprits.
Les omeggid sont-elles acceptées dans la société guna ?
En partie, et cela dépend de qui l’on interroge. L’enquête ethnographique a trouvé leur identité féminine reconnue par la famille et la communauté, tandis que les militantes guna décrivent moqueries, discrimination et dirigeants qui adoptent des préjugés venus de l’extérieur. Les deux sont documentés, et aucun ne raconte seul toute l’histoire.
« Omeggid » est-il un mot offensant ?
Il peut l’être. C’est le terme habituel en anthropologie, mais la militante Nandín Solís raconte qu’une femme guna âgée lui a dit qu’omeguid s’emploie comme insulte et qu’elle devait plutôt dire wigudun. En tant que visiteur, suivez la façon dont chaque personne se décrit elle-même.
Qu’est-ce que Wigudun Galu ?
C’est une association de femmes omeggid du peuple guna, fondée en 2013 et nommée d’après Wigudun, un héros culturel de la tradition guna. Quatre de ses membres sont au cœur du documentaire de 2022 Wigudun, alma de dos espíritus.
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